Les chroniques de Pierre Vignes- épisode 2

Mais mon incursion livresque, puis pédestre, dans les collines toulonnaises, devait ensuite vivifier mon activité d’enseignant, de chercheur et de vulgarisateur. Je demandai à mon frère Emile Vignes, Ingénieur ONF, alors en poste en Alsace, de transformer les cartes de végétation 2D et en noir et blanc de René Molinier en cartes 3D en couleur (figure 1). Il réussit à relever ce défi au-delà de mes espérances.

végétation du Faron

Une publication commune en fut tirée en 1969, sous la forme d’une plaquette éditée par le CRDP d’Aix-Marseille (Centre Régional de Documentation Pédagogique). Elle fut ensuite reprise dans mon ouvrage « Ecologie et biocénotique » cosigné par Roger Molinier et édité en 1971 par Delachaux et Niestlé (figure 2). On remarquera que la jaquette de ce livre montre au recto et au verso des peuplements pionniers sur roche, faits l’un et l’autre de végétaux archaïques et ras, d’une part en milieu terrestre et d’autre part en milieu marin.

Couverture du livre Ecologie et Biocénotique

Le but était de montrer des similitudes de comportement du vivant dans des environnements dont on a fait croire longtemps qu’ils n’avaient rien de comparable. Pour en revenir à nos maquettes en perspective, elles furent encore réutilisées dans un très bel ouvrage par Jean-Paul Meyruès de l’Académie du Var. Pour mon frère Emile Vignes, ce chantier le prépara quelque peu à son dépaysement de l’Alsace au Var, puisque de 1971 à 1991, il devint à l’ONF Chef du Centre de gestion de Toulon.

En février 1973, la télévision française me sollicita dans le cadre d’une émission de « la France défigurée », série réalisée par Michel Péricard et très appréciée dans les foyers. L’équipe technique se déplaça donc à Toulon et le temps de l’émission fut partagé entre Amy Barré, animatrice d’activités éducatives pour la jeunesse, et mes grands élèves du Lycée Dumont d’Urville. Pour ces derniers deux séquences se succédèrent, au cours desquelles furent reconstituées des séances d’analyse sur le terrain qui avaient existé antérieurement : l’une au Faron, l’autre au petit port Saint- Louis du Mourillon. En effet l’organisation de mon programme d’enseignement sur l’année scolaire faisait la part égale à la terre et à la mer. Cette dualité convenait bien à la ville rebaptisée « Port-la-Montagne » sous la Révolution, pour motif de punition. « La France défigurée » était une série un peu écologique avant l’heure mais elle évoquait surtout des désordres esthétiques en milieu rural ou urbain. L’écologie scientifique avait déjà ses lettres de noblesse dans la sphère savante, mais elle restait inconnue du grand public qui ne la découvrit que grâce au brillant agronome René Dumont, candidat très remarqué à l’élection présidentielle de 1974. Pour l’émission télé, les journalistes choisirent eux-mêmes les élèves interviewés, en fonction de leurs qualités télégéniques. Je découvris avec bonheur que leurs réponses non préparées prouvaient une réelle ouverture et une belle autonomie de la pensée et de l’expression.

Le tournage au Faron fut révélateur de certaines pratiques contestables dans le microcosme municipal. Le maire de l’époque, Maurice Arreckx, s’était invité au sommet du Faron. Pourquoi pas ? Les journalistes lui donnèrent la parole, mais il proposa de laisser s’exprimer de préférence son Adjoint Fabre. Or ce dernier était candidat à une élection départementale ou nationale (je ne saurais plus préciser) et se trouvait dans la période de réserve où il ne pouvait s’exprimer, ni à la radio, ni à la télévision. Amy Barré qui était présente s’interposa et s’opposa avec indignation au contournement des règles. Fabre, vexé, remonta dans sa voiture et disparut. Du coup Arreckx se prêta à l’interview, sagement planté au milieu de la chaussée, les mains dans le dos. Pendant cet exercice, le responsable de l’équipe télé me prit à part et me dit : « votre maire a cherché à nous tromper. Pour la peine, je peux vous annoncer qu’il sera censuré ». Ce qui fut fait. D’autres récits d’évènements que j’ai vécus dans le même contexte local porteraient un témoignage identique. Mais est-ce bien utile ? Comme pour les aventures des Pieds-Nickelés, chaque épisode n’est qu’une confirmation du précédent pour ce qui concerne les traits des personnages.